Journal des Jungles n°16

Février 2026 - Herzeele

Publié le 20 juillet 2026

Journal des Jungles n°16 - Langues - Langages


Éditorial du Journal des Jungles (numéro 16)

Vivre l’exil, c’est perdre ses repères. C’est arriver dans un pays où on ne reconnaît rien : les lieux, les coutumes… mais aussi la langue. Ne pas parler la langue du pays d’accueil, cela empêche de s’orienter, de demander de l’aide, et cela peut nous mettre en danger parfois. Quand des passeurs profitent de nos incompréhensions, quand l’administration nous expulse de nos lieux de vie ou ne nous écoute pas sous prétexte qu’ils ne nous comprennent pas. La langue, qui est un moyen de communication, devient alors un moyen de discrimination et d’exclusion.

Mais la langue peut aussi être une grande richesse. Vivre l’exil, c’est rencontrer de nouvelles manières de s’exprimer, apprendre de nouvelles expressions, découvrir de nouvelles cultures. C’est arpenter des chemins vers des mondes que l’on ne connaissait pas. Apprendre une nouvelle langue, cela peut donner confiance en soi, ouvrir des portes, permettre de nouvelles découvertes. La langue, C’est notre butin de guerre à nous, les personnes qui ont vécu la migration, pour reprendre l’expression de l’écrivain algérien Kateb Yacine.

C’est parce que nous avons vécu cela, les bons comme les mauvais côtés, que nous avons décidé d’en faire notre métier. Nous avons tous et toutes vécu des parcours d’exil. Et aujourd’hui, nous sommes tous et toutes étudiant·es en médiation et interprétariat à l’université.

Là, nous apprenons à voir au-delà du langage. Car finalement, à la frontière, maîtriser la langue n’est pas toujours la chose la plus importante. Elle compte parfois moins qu’un geste, un regard, un sourire ou une posture. Une langue n’est pas composée uniquement de mots. C’est une attitude, une culture, un système de valeurs. Chaque individu a une personnalité différente en fonction de la langue qu’il parle. Le sens des mots change en fonction des pays, et certaines expressions sont intraduisibles.

La maîtrise d’une langue ne fait pas tout. On peut en connaître une parfaitement et la traduire comme un robot, sans montrer qu’on s’intéresse à la personne et à sa situation. À la frontière, la manière dont on transmet les mots, les idées, les sentiments, l’angoisse, c’est aussi une langue. Où parfois, un silence peut valoir mille mots.

La frontière nous apprend un autre langage : celui de l’écoute, l’empathie et de la transmission. C’est cela que nous souhaitons mettre en valeur dans ce numéro du Journal des jungles. Nous espérons que la lecture vous plaira.

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