La lettre d'info n°94

Publié le 30 janvier 2026

Infos des lieux de vie


à la frontière franco-britannique...


  • Littoral

Intervention des forces de l’ordre en mer. Afin d’empêcher les embarcations de rejoindre les côtes anglaises, les forces de l’ordre françaises vont maintenant “expérimenter une technique jusque-là jugée trop dangereuse pour la vie des passagers”, en lançant des filets sur les bateaux. Ce procédé vise à bloquer les hélices du moteur. Cela inquiète fortement, en raison des risques de naufrage, de noyade ou d'asphyxie.

Commission d’enquête. Suite à la résolution portée par des députés du groupe Gauche démocrate et républicaine, une commission d’enquête parlementaire sur les conséquences des accords du Touquet sur l’action publique et le respect des libertés et droits fondamentaux des personnes migrantes a été créée. Durant les prochains mois, les député.e.s vont auditionner plusieurs personnes concernées par la thématique, afin de mettre en lumière les conséquences désastreuses de ces accords entre la France et l’Angleterre. Ce sera aussi l’occasion d’établir un état des lieux rigoureux des conséquences des politiques migratoires à la frontière, d’interroger les logiques et les choix politiques qui les sous-tendent, de donner la parole aux personnes exilées, et d’élaborer des recommandations concrètes.

Interdiction de territoire de groupuscules fascistes anglais. Suite à plusieurs signalements lors de leurs dernières venues sur le territoire français, plusieurs partisans du groupe d’extrême droite britannique “Raise the colours” ont été interdits d’entrer sur le territoire français. Ces personnes avaient menacé de revenir sur le littoral, afin de faire peur, voire violenter, les personnes exilées, afin de “mettre un terme au phénomène migratoire”. Une enquête a également été ouverte suite aux violences d’un tel groupe contre des personnes exilées dans la nuit du 9 au 10 septembre à Dunkerque.

  • Calais.

A Calais, l’hiver s’est bien installé. Les associations continuent d’apporter un soutien aux personnes exilées, en distribuant environ 500 repas par jour. Avec la chute des températures et le passage de la tempête Goretti, la Préfecture a ouvert un hébergement “Plan Grand Froid” à plusieurs reprises: du 24 décembre 2025 au 29 décembre 2025 et du 31 décembre 2025 au 12 janvier 2026.

Cependant, ce Plan Grand Froid ne suffit pas : les associations dénombrent de nombreux mineur.e.s non-accompagné.e.s qui doivent attendre parfois plusieurs jours pour avoir une place en mise à l’abri et des familles refusées du dispositif car ne voulant pas être séparées. Pour répondre aux besoins en hébergement, Médecins Sans Frontières a de nouveau ouvert un projet d’hébergement d’urgence temporaire, pour la troisième année consécutive (et comme à l’hiver 2024-2025).

L’Auberge, elle, a recommencé pour une nouvelle saison son projet “Woodyard”. Depuis 2016, le Woodyard achète, réceptionne, coupe, et distribue du bois dans l’ensemble des campements de Calais et Grande-Synthei.

Malgré la pluie et le froid, les personnes exilées s’organisent pour soutenir le peuple soudanais : fin novembre 2025, une centaine de personnes a marché dans les rues de Calais pour dénoncer les massacres au Soudan.

  • Dunkerque.

A Dunkerque, l’hiver a commencé par un contentieux contre l’Etat. Six associations (Human Rights Observers, Médecins du Monde, Refugee Women’s Center, Roots, Salam, Utopia 56) ont déposé un référé liberté devant le Tribunal administratif de Lille, pour dénoncer le manque d’investissement des pouvoirs publics dans la prise en charge des personnes exilées, ce qui mène à des traitements inhumains et dégradants. Les associations ont demandé au juge d’enjoindre à l’administration de prendre plusieurs mesures pour mettre fin à ses mauvais traitements, notamment la mise en place de toilettes, douches, distributions alimentaires, plus de points d’eau, une amélioration du dispositif d’accès aux soins, au droit, la prise en charge des victimes de violences, l’accès à l’hébergement, la fin des destructions des biens lors des expulsions de terrain…

Après avoir nommé.e trois juges (alors qu’un référé est en général entendu par un juge unique), et une visite sur le terrain, le Tribunal administratif a partiellement donné raison aux associations : l’Etat s’est vu obligé de fournir des jerricanes, des toilettes, des douches, de ramasser les déchets, et d’organiser une maraude d’information à destination des mineur.e.s non-accompagné.e.s.

Les associations, sans remettre en question ce qui avait été gagné, ont fait appel pour contester ce qui avait été perdu. L’audience s’est déroulée le 8 janvier au Conseil d’Etat. Malheureusement, le Conseil d’Etat n’a pas donné raison aux associations en appel, considérant que les preuves étaient insuffisantes.

  • Mort.e.s aux frontières.

L'année 2025, en plus d'avoir compté 36 décès lors des tentatives de traversée (et de nombreuses personnes disparues), s'est terminée, le 31 décembre, avec le décès d'une personne exilée, vivant depuis longtemps à la rue, à Calais.

et les infos d'ailleurs...


Modification du droit au séjour en Angleterre : En novembre 2025, le Royaume-Uni a annoncé durcir le droit au séjour pour les réfugiés statutaires présents sur son territoire. Le statut de réfugié devra être renouvelé tous les 30 mois (contre tous les 5 ans auparavant), et une personne ne pourra demander le statut de résident permanent qu’au bout de 20 ans sur le territoire (contre 5 auparavant).

10 ans de contrôle aux frontières intérieures: Depuis novembre 2015, les autorités françaises ont sans cesse et abusivement renouvelé les contrôles à toutes les frontières intérieures terrestres et aériennes, faisant ainsi exception au principe de liberté de circulation dans l’espace Schengen. En contradiction avec le droit européen qui, dans sa réforme de 2024, limite la durée maximale du rétablissement des contrôles à deux ans, avec une possible prolongation de deux fois six mois dans des cas exceptionnels, la France a réintroduit les contrôles en continu depuis 10 ans.

Des centres d’accueil en Mauritanie : Le 17 octobre 2025, deux nouveaux « centres d’accueil temporaire des étrangers » ont été inaugurés en Mauritanie. Ces établissements ont été financés et construits par l’Union européenne, sur le modèle des « Centros de Acogida Temporal de Extranjeros » des Îles Canaries. Leur ouverture s’inscrit dans la continuité du partenariat migratoire conclu en 2024 avec l’Union européenne pour « réduire les départs vers l’Europe ». Officiellement, les personnes arrêtées peuvent y être retenues au maximum 72 heures pour des « entretiens d’identification ». Cependant, une enquête de porCausa et El Salto alerte sur le risque que ces centres fonctionnent comme des lieux de détention, ce que l’Union européenne dément

Royaume-Uni : 80 demandeurs d’asile accusent le Royaume-Uni de traitements inhumains et dégradants : Quatre-vingts demandeurs d'asile, détenus en vue de leur renvoi en France dans le cadre du controversé programme britannique « one in/one out », ont saisi les instances de l'ONU afin qu'elles enquêtent sur leurs conditions de détention.

Les détenus ont rédigé un document intitulé « Rapport sur les conditions de détention et le traitement au centre de rétention d'Harmondsworth », dans lequel ils dénoncent des traitements injustes de la part du ministère de l'Intérieur britannique depuis leur arrivée au Royaume-Uni. Harmondsworth est l'un des deux centres de rétention situés à proximité de l'aéroport de Heathrow, à Londres.

La même semaine, une centaine de personnes détenues dans le même centre ont organisé une manifestation pour montrer leur désarroi face aux conditions inhumaines.

Décès à la frontière franco-italienne : Clémentine Méténier et Frédéric Choffat ont réalisé un reportage radio sur le décès de Blessing Matthew, une jeune femme nigériane morte noyée dans la Durance à la frontière franco-italienne haute, le 7 mai 2018, après une course poursuite avec des gendarmes mobiles.

Depuis 2018, l'association Tous Migrants, Border Forensics, des chercheur.euses et des solidaires se sont investi.es dans un colossal travail de contre-enquête citoyenne. Si ce travail n'a malheureusement pas permis pour l'instant la réouverture de l'enquête par les autorités (qui l'ont classée), il a néanmoins permis de mettre en avant des incohérences, dessiner des hypothèses, et soumettre des questionnements. Vous pouvez retrouver ce podcast ici, et tous les liens audios et articles sur l’affaire ici.

Infos des assos


Nouvel an au Secours catholique de Calais : Pour fêter la nouvelle année, le Secours Catholique de Calais a organisé une grande fête, où tous et toutes étaient les bienvenu.e.s. Ce moment festif a permis à tous.tes de chanter, danser, passer un moment joyeux et convivial

SC nouvel an

La capuche fête son premier anniversaire ! L'association calaisienne “La capuche mobilisée” fête la première année de ses activités. Cette association distribue des tentes, des couvertures et des sacs de couchage aux personnes exilées de Calais. Pour les connaître, les rejoindre, c’est ici !

Et d’ailleurs, la Capuche lance sa campagne de levée de fonds pour 2026 : si vous voulez contribuer, c’est ici !

Infos de la PSM


La rentrée du DU : Les étudiant·e·s du DU Médiation et Interprétation ont fait leur rentrée ! Ils et elles rejoindront prochainement les associations de la PSM pour leurs stages de mars et juin, Une belle occasion d'enrichir notre réseau associatif de regards neufs et d'énergies nouvelles, tout en contribuant à former les futur·e·s professionnel·le·s de la médiation linguistique et culturelle !

Formation IA : Le 29 novembre, la PSM et la LDH, grâce à Nils, stagiaire à la PSM, ont organisé une conférence sur la militarisation de la frontière, le contrôle des personnes exilées, notamment grâce au recours à l'intelligence artificielle. Cela a été l’occasion d’entendre Anna Sibley du Gisti, un.e militant.e du groupe Captain Support, et quatre étudiant.e.s de la Faculté de Droit de l’Université Aix-Marseille.

Formation IA

Nouveau kit d'interpellation pour les municipales 2026 : À l'approche des municipales 2026, nous avons créé des fiches-outils pour interpeller les candidat·e·s sur les enjeux frontières et les droits des personnes exilées, téléchargeables sur notre site.

Nous avons également contribué au guide d'interpellation municipale 2025 du CCFD-Terre Solidaire qui intègre nos outils, avec ceux de l'ANVITA, Modus Operandi et Collectif pour une transition citoyenne et sa campagne Mairie-me.

Ce guide et les outils ont été présentés lors d'un webinaire le 17 décembre – une belle occasion de découvrir comment mobiliser concrètement sur vos territoires ! Webinaire `à revoir ici. Guides et outils à retrouver ici.

Le CNDH Romeurope a également produit un flyer pour les municipales visant à sensibiliser les électeurs. Ce flyer s’adresse tout particulièrement aux européen·nes vivant dans des lieux de vie informels, qui peuvent ne pas être au courant de leur droit de vote lors de ces élections, alors que les collectivités ont de nombreuses compétences pouvant affecter leur quotidien. Vous pouvez retrouver ce flyer ici.

En quête de droit(s) - outils et infos juridiques


Recours contre l’accord franco-britannique “one in / one out”: Suite à l’accord passé entre la France et le Royaume-Uni instaurant un système de départ vers l'Angleterre et de retour forcé en France “un pour un”, plusieurs associations françaises avaient saisi le Conseil d’Etat, pour demander la suspension de cet accord. Selon les associations, cet accord relèverait d’un “accord de réadmission”, qui ne doit pas être décidé par décret, mais par une loi. Le Conseil d’Etat a rendu sa décision, considérant que cet accord, "ne diffère pas des lois en vigueur, ni n'intervient dans une matière réservée par la Constitution (...) n'avait pas à être approuvé par le Parlement."

Les pays européens en quête d’accords pour expulser les personnes vers des pays tiers : Suite à un nouveau règlement européen, les États membres de l'UE seront autorisés à conclure des accords bilatéraux avec des pays tiers pour faciliter l'expulsion de demandeurs d'asile déboutés. Concrètement, cela signifie qu’une personne étrangère pourra être expulsée vers un pays en dehors de l’UE, mais avec lequel elle n’a aucun lien (ni son pays de nationalité, ni un pays où elle a vécu). A l’heure actuelle, aucun pays n’a accepté un tel accord.

Une charte pour défendre les droits et la dignité des habitant.e.s de lieux de vie informels : CNCDH Romeurope, en partenariat avec d’autres associations dont la Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s, la Fondation pour le logement, Human Rights Observers, ont travaillé et publié une “Charte pour le respect des droits et la dignité des habitant·es de lieux de vie informels”. Vous pouvez retrouver la charte ici, et la diffuser auprès de votre réseau.

Charte 1

Pour comprendre et cogiter


Lutter contre les oppressions dans l'accompagnement des personnes exilées : Le mardi 3 février de 14h à 16h30, le séminaire SOLIFRO consacrera sa séance aux initiatives de lutte contre la reproduction des oppressions au sein des associations de soutien aux personnes immigrées et exilées. Leila Florentine Obone Essono & Anaïs Rault (FASTI) ainsi qu'Aude Rieu (ARDHIS) partageront leurs retours d'expériences sur ces enjeux essentiels. Rendez-vous en visioconférence : https://cnrs.zoom.us/j/97179849633

Comment les lois françaises créent des situations d’irrégularité. Amnesty International a publié un rapport sur comment les règles françaises précarisent les personnes étrangères, et les place, sans qu’elles n’en soient volontaires ou responsables, dans des situations d’irrégularité : “Comment l’Etat français fabrique la précarité des travailleurs étrangers”.

Comprendre la frontière franco-britannique. Le média Blast a tourné un podcast sur les conditions de vie et de traversée des personnes exilées sur le littoral nord, “De Dunkerque à Calais : la frontière de la honte”, à retrouver ici.

L’association Humans For Rights Network a publié un rapport sur les violences subies à la frontière franco-britannique, intitulé “You can’t stay but you can”t go”, à retrouver (en anglais) ici.

Rapport Caminando Fronteras. Ce document révèle qu'au moins 3 090 personnes ont perdu la vie sur les routes migratoires de la Frontière Occidentale Euroafricaine depuis janvier 2024, dont 192 femmes et 437 enfants et adolescent·e·s, dans 303 tragédies documentées. Malgré une baisse du nombre total de victimes, le rapport souligne l'ouverture de routes toujours plus longues et dangereuses, la consolidation de la route algérienne et la mortalité dramatique de la route atlantique vers les Canaries, témoignant d'un système migratoire qui continue de mettre en péril le droit fondamental à la vie. A lire ici.